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Tanit... la déesse


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Musique

8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 15:16
J'ai eu l'honneur de recevoir une mise en demeure de l'avocat de Monsieur Forestier, demandant la suppression de l'article "Petite réflexion sur Pirates et Commandos de Patrick Forestier".

Je voudrais d'abord confirmer que cet article n'est pas, d'un point de vue légal, diffamatoire.

Ensuite, je souhaiterai rappeler la proportion exacte des propos que Monsieur Forestier a recopié sur notre blog et publié sans aucun accord, ni écrit, ni oral:

Sur un chapitre de 17 pages, soit 635 lignes, 152 lignes sont un copié-collé du blog mis entre guillemets, 20 lignes sont aussi tirées du blog mais sans guillemets, et enfin, 20 lignes sont un résumé erroné du blog.

J'ajouterai, au risque de me répéter, que la totalité du résumé de notre prise d'otage et de notre libération est plus approximatif que réel puisque totalement monosourcé.

Pour terminer, je trouvais intéressant de publier le lien vers l'article du Télégramme publié suite à la dédicace chez Cheminant, à Vannes. Le problème n'a jamais été que Monsieur Forestier parle de Tanit dans son livre. Même si, évidemment, je n'ai pu le laisser me mettre en couverture de son livre.

Dans cet article, Monsieur Forestier dit ceci: «Je ne pouvais quand même pas parler de piraterie en faisant abstraction de la prise d'otages de la Tanit. Ce serait de la censure. Déjà Chloé Lemaçon est intervenue pour faire retirer la photo prévue pour illustrer la couverture du livre; celle où on voit les pirates braquer les otages. Nous avons accepté de l'enlever par respect pour la famille, mais c'est un cliché de la Marine nationale que nous avions le droit d'utiliser. Je veux bien que l'on recherche l'anonymat mais pas que, comme dans les pays totalitaires, on efface la réalité».

Ce qui m'embête beaucoup dans son livre tient plus à la déontologie due à son métier. Le fait qu'un journaliste, totalement impunément, publie un livre dans lequel il promet de nous confier des secrets alors que ce même livre n'a pas fait l'objet d'une vérification des faits qui y sont écrits. N'est-ce pas la base du métier de journaliste? Vérifier et corroborer ses sources?

Alors, qui fait de la censure? Moi en ne voulant pas apparaître ad vitam en couverture d'un livre auquel je n'apporte, en plus, aucun crédit? Ou Monsieur Forestier que souhaite que je retire mon article du blog?

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 19:04

Ce livre dont j’attendais la sortie depuis décembre est enfin sorti. Il s’agit de « Pirates et Commandos – Les secrets des opérations spéciales » de Patrick Forestier, publié aux éditions du Rocher.


Je tiens tout d’abord à préciser pourquoi j’étais si impatiente de lire cet ouvrage.

En décembre, en feuilletant un magazine publicitaire d’une grande enseigne, j’ai eu l’agréable surprise de nous voir, en gros plan, en couverture de ce livre. Il s’agissait d’une photographie de l’armée sur laquelle nous sommes mis en joue. Ces photos ne sont pas autorisées à la publication 11 mois après les faits.


Je m’étais alors renseignée sur l’auteur afin de savoir quel journaliste pouvait à ce point vouloir user de sensationnel pour un livre censé être un document d’investigation.


Patrick Forestier est donc grand reporter chez Paris Match depuis 1979 et a réalisé des reportages pour TF1 et M6.


Le chapitre concernant Tanit s’étale sur 17 pages, dont 30% du texte est une reprise, précisée ou non, de notre blog. Cependant, je pense, vue les erreurs, qu’il ne l’a jamais lu.


Il promettait de nous révéler les secrets des opérations spéciales et je m’étais consolée en me disant qu’un contact très bien renseigné l’avait sûrement aidé, ainsi j’apprendrais peut-être encore des choses sur les pirates, les commandos ou la Somalie.


Mais je suis très étonnée aujourd’hui, après avoir lu son livre, de voir l’angle sous lequel il a abordé les faits.

Sachant qu’il n’avait pas contacté Jean-Yves Delanne non plus, je m’étais un peu renseignée sur ses rapports avec l’armée et avait appris qu’il n’entretenait aucune collaboration solide.

Comment peut-on, en tant que grand reporter, publier un livre et relater des faits sans les vérifier, pour chaque chapitre?


Monsieur Forestier ne m’a en effet jamais contactée, il n’a pas rencontré mes équipiers, ni mon avocat, ni l’avocat des pirates. Il n’a pas eu accès aux informations officielles puisque, comme il le dit à Jacques Pradel : « Il y a une enquête en cours ».


Il va donc nous dévoiler les secrets les mieux gardés du monde, mais est-ce encore un récit journalistique au service de l’information? 

Car après tout, tout au long de ce livre les seules informations à priori en possession de l’auteur, sont des rapports succins donnés par l’Etat-Major ou des bruits de couloir.

Dans son livre, Monsieur Forestier parle de 14 pirates qui auraient participé à l'abordage.  Et les inexactitudes sont nombreuses. Mais comment peut-il rependre cette erreur communiquée le lundi 6 avril par Ecoterra si ces sources viennent de l'Etat-major?

Mon souci étant avant tout de savoir si je peux croire ce qui est écrit dans les autres chapitres?



« Pirates et Commandos – Les secrets des opérations spéciales » est donc la parfaite illustration de ce que peut donner l'exercice du pouvoir "d'informer" par certains journalistes.


Voyant que l’auteur n’a même pas trouvé étrange que nous nous retrouvions à l’entrée du Détroit de Bab-el-Mandeb après trois jours de navigation, cap sur les Seychelles, et l’entendant rire grassement de ses propres blagues auprès de Monsieur Pradel (lui-même connu comme étant un excellent journaliste, fuyant le sensationnel), je ne vais pas prendre la peine de revenir sur les 17 pages qu’il nous a consacrés.


Je me fais une joie de publier le lien de son intervention chez Jacques Pradel sur Europe 1, qui montre bien son niveau de connaissance du terrain et de la mer.

Illustration:

"Cette prise d'otage dure à peine une semaine", en parlant du Carré d'As (14 jours de captivité)

"Ils ont rencontré Jean-Yves et Bernadette qui leurs ont dit: "méfiez-vous"" (non seulement nous n'avons pas rencontré Bernadette et les propos échangés avec Jean-Yves furent autres)

"Pour un voilier c'est encore plus terrible, c'est en bois." (Oui, mais Tanit est en ferrociment)

"Lorsque les commandos sont descendus dans une des carrés du voilier" (Oui, heu, c'est-à-dire?)

"Vous descendez dans une cabine tendue avec des lampes"

L1310767.JPG

(Photo prise en Bretagne, du cockpit)

"Il y a une enquête en cours, est-ce qu'elle va aller jusqu'au bout?" (Que cela signifit-il?)

"Un hélico vient les voir, on leur dit "Pas par là"" ( Ils nous disent exactement Hakuna Matata sans vouloir jouer sur les mots)

"Ah oui Lalanne" (Non, non, Delanne Monsieur Forestier)

"Ces sont des vrais pirates, des corsaires, des pirates de guerre... ils veulent gagner, ce sont des gagnants" (Et bien oui, à priori ils ne font partie d'aucun jeu de rôle, c'est leur moyen de survivre)


 


 

 

Emission Café Crimes sur Europe 1 (11/04/2010)

 

 

 

 Article modifié le 10 mars puisque Monsieur Forestier me menace de poursuites pour diffamation.

 




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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 13:37
La traduction de cet article, publié il y a déjà plusieurs mois dans The Observer, était restée en suspens.

Des mauvaises langues, souvent par des commentaires anonymes, m'ont reproché d'avoir choisi de parler dans un magasine anglais et m'ont demandé combien on m'avait payé pour cela.

Si j'ai choisi ce media c'est avant tout parce que j'ai trouvé le journaliste professionnel et que je lui ai fait confiance, je ne le regrette pas d'ailleurs. Ensuite, bien sûr que je n'ai pas reçu un centime de leur part, je ne le faisais pas pour ça.


Je remercie grandement Olivier et Cécile pour leur aide précieuse à la traduction.

Comment les pirates somaliens ont interrompu le voyage au long cours de Florent et Chloé  Lemaçon

Lorsque - Chloé, Florent Lemaçon et leur fils Colin - ont été capturés par des pirates somaliens pendant leur voyage en voilier, cela a déclenché une mission de sauvetage qui a viré au drame. Pour la première fois Chloé Lemaçon parle de la vie sur le bateau, l'enlèvement - et le meurtre de son mari, Florent.

 

Trois scènes de mer.

 

Tout d'abord, un après-midi ensoleillé de la fin du mois de juillet l'an dernier, et une petite flotte d'une demi-douzaine de bateaux sortant à la voile du Golfe du Morbihan, sur la côte sud de la Bretagne. Le plus grand d’entre eux est un voilier de 12 mètres, un peu vieux et lourd, mais néanmoins parfaitement navigable, un jeune couple et leur petit garçon de deux ans sont à bord. Florent, Chloé et Colin, 2 ans et demi, s’embarquent pour l’aventure d'une vie, un voyage par delà les océans,  de la France vers le Kenya ou peut-être la Tanzanie. Mais déjà, leur bateau s’éloigne de la côte plate, laissant à quai, famille, amis et vieux loups de mer. Florent, barbu, longs cheveux bruns, calme et tranquille, est soulagé d'être enfin en route.


Deuxième acte, près d'un an plus tard : à presque 1000 kilomètres de la côte somalienne dans la chaleur d'un printemps africain tardif. Chloé Lemaçon, 31 ans, petite blonde mine radieuse, est à la barre du voilier, baptisé "Tanit ", du nom d’une déesse phénicienne. Tout est calme. Ils ont quitté le Yémen voilà 14 jours et ils font route vers le Kenya. Encore une semaine et ils y seront. Et puis, avant que Chloé n'ait pu réaliser ce qui se passait, un bateau est apparu à la poupe du yacht, et cinq hommes braquent leurs kalachnikov sur elle.  " C'est pas bon. Ils sont là pour nous. ", dit-elle à son mari.


Troisième acte : une plage du Golfe du Morbihan sur la côte sud de la Bretagne le printemps dernier. Il y a un groupe d'amis et la famille. Ils ont apporté un pique-nique et des instruments de musique. Chloé Lemaçon et son beau-frère s'avancent dans l'eau et répandent les cendres de Florent dans la mer.

 

Pendant une brève période en avril dernier, Chloé Lemaçon a été poursuivie par les paparazzi, harcelée par les journalistes et son histoire - ou plutôt plusieurs versions en papier glacé de son histoire - s'est étalée dans les pages de magazines aussi variés que Paris Match, et Loisirs Nautiques. Dans l'assaut lancé par les commandos français pour libérer les Lemaçon, ainsi que 2 amis, Florent a été tué par balle. Deux pirates ont été tués et un, blessé. Trois ont été ramenés à Paris pour y être jugés. Alors pendant quelques jours, au milieu des déclarations des politiques et des élucubrations journalistiques, les parents de Florent ont dû subir les hordes de photographes perchés dans les arbres aux abords de leur maison et de leur travail. Chloé, elle, a gardé le silence  jusqu'à aujourd’hui.


" Les gens disent que nous sommes allés jusqu'au bout de nos rêves ", dit-elle, assise à la table d'un café, à quelques pas des eaux gris-vert du Golfe du Morbihan, à une vingtaine de kilomètres du village qui l'a vue grandir. " Mais ce n'est pas le cas. Nous commencions à peine à vivre nos rêves. " Elle dit que la famille a été fauchée, au moment même où ils commençaient l’aventure de leurs rêves.


Chloé et Florent Lemaçon se sont connus  à l'école. Malgré l'afflux de parisiens aisés et de britanniques en villégiature, ils vivent à l’heure d’une  province française. Les camarades de classe se côtoient tous les soirs au même café, les copains de fac pêchent ou naviguent ensemble le week-end. L’université n’attirait ni Chloé, dont les parents tenaient une brasserie, ni Florent. Quand ils ont commencé à sortir ensemble, Chloé travaillait sur des plateaux de tournage et gérait la logistique, Florent travaillait dans l'agence de communication de son père dans sa ville natale de Vannes, un port de Bretagne sud. Ils se sont mis ensemble en mai 2004, ont eu Colin en octobre 2005, ont acheté Tanit pour 30 000 euros avec toutes leurs économies et un héritage en mai 2006. Ils se sont mariés en septembre 2006. " Le mariage était une ultime fête avant le départ " dit Chloé Lemaçon en souriant,  «Nous avons fait tout à l'envers. La plupart des personnes se rencontrent, se marient, ont un bébé avant d’avoir une maison. Nous nous sommes rencontrés, on a eu un bébé, on s'est mariés et on a quitté la maison."


Ils avaient tous les deux rêvé d'un long voyage en mer. "C'est une idée que nous avions avant notre rencontre, mais pour Florent c'est quelque chose qu'il avait envie de faire depuis qu'il était tout petit. Nous nous sommes motivés l’un et l’autre dans ce projet pour aller de l’avant » dit-elle avec une pointe de regret.


Florent a quitté son travail et se consacre à la préparation du voilier pour le voyage. Chloé vendait des Crocs sur les marchés du coin. L'année précédant leur départ, le couple vivait avec leur fils sur le bateau, mouillé à quelques centaines de mètres du rivage dans les eaux tranquilles du Golfe, passant l'hiver au port. C'était dur, mais il y avait le Golfe aux premières heures de l'aube, désertique et baignant dans les pâles rayons du soleil, et il y avait Florent, heureux alors qu'il préparait Tanit pour la traversée, enfin il y avait Colin.


Pourquoi tout quitter ? En partie pour l'aventure. " Les gens disent que nous étions courageux, mais personnellement, je pense que travailler tous les jours pour payer des traites pendant trente ans, c'est plus courageux. ", dit Chloé Lemaçon, En partie pour leur fils. «Nous voulions lui montrer une vie différente - ce qui est beau dans le monde, mais aussi les choses plus dures, comme la pauvreté. Nous avons voulu lui montrer d’autres valeurs.

La veille du départ, sur le blog qu'elle tiendra jusqu'à la fin du voyage, Chloé Lemaçon expliquait : « Nous pensons vraiment qu'il est très difficile dans notre société de faire marche arrière dans le domaine de la consommation. Les tentations, le prix des produits écologiques... Nous voulons simplement montrer à notre fils qu'on n'a pas vraiment besoin de tout ça (les catalogues de Noël, les céréales spéciales, Spiderman) pour vivre heureux. Vivre avec la nature. S'adapter aux différentes cultures et aux différents peuples que nous rencontrerons sur la route pour mieux lui enseigner le respect de notre planète... Et ça ne nous fera pas de mal non plus ! " Chloé Lemaçon a contacté des écoles du coin, cherchant à impliquer des centaines d'élèves dans leur projet.


Tout était donc écologique à bord de Tanit. Un panneau solaire, pas de micro-ondes, pas de lave-vaisselle, les ablutions quotidiennes avec l'équivalent de trois verres d'eau, nourriture bio, savon bio, médicaments homéopathiques, et des cartons de vieux vêtements et d’antibiotiques à distribuer aux gens au cours du voyage. " Nous n'avions pas d'argent à  donner, alors cela serait notre façon d'aider ", dit Chloé. Un « voilier écologique » donc, et spartiate aussi. Pas de radar onéreux, mais juste un appareil pour détecter d'autres bateaux ; un téléphone satellite et un GPS, mais aucun gros équipement de navigation ou de météorologie. Il y avait même des interrogations au sujet du vieux moteur (un neuf aurait coûté au moins 10000 euros de toute façon). Le seul «luxe» est un ordinateur  qui a permis à Florent d'utiliser un logiciel de navigation et à Colin, qui avait beaucoup de livres et de jeux, de regarder les dessins animés pendant les tempêtes. C'était ce que voulaient les Lemaçon, et c'était tout ce qu'ils pouvaient se permettre. L'essentiel – résidait dans ce qui s’ouvrait à eux. Par-delà le Golfe du Morbihan, au loin,  une destination espérée,  l'Afrique orientale. Leurs économies devaient leur permettre de tenir pendant un an. Une voile portait la légende "Yes for peace» sur une face et «Non à la guerre" sur l'autre.


Ils essuient une première tempête. Le Golfe de Gascogne est un endroit difficile pour des apprentis marins. Bien que son mari ait déjà traversé l'Atlantique et passé des semaines sur des bateaux en Méditerranée ou au large de la Bretagne, l'expérience de Chloé, elle, était moindre. Après à peine 48 heures de voyage, la voilà à la barre alors que le vent soufflait depuis l'Atlantique et que Tanit était malmenée par d'énormes vagues. Malgré la bourrasque, les vomissements, le petit Colin retranché dans la cabine, le bruit des vagues autour d'elle,, Chloé dit que ce moment est l'un des " meilleurs souvenirs " du voyage. Tandis qu'elle tenait le cap, des globicéphales nageaient le long de la coque. Cependant, au moment d'entrer au port dans le nord de l'Espagne, Tanit avait souffert.

 

Une semaine plus tard, après réparations, ils reprenaient la mer. Encore du mauvais temps, encore des problèmes avec le vieux moteur. Une autre escale, des réparations. Et une lente progression le long de la côte ibérique. Des quarts de deux heures, puis deux heures de sommeil, puis un nouveau quart. Et le bateau chahuté par de grosses vagues avec un enfant à divertir à bord. Mais il y a aussi le cidre asturien, les promenades, les couvents, et les plages à découvrir. Enfin, Tanit traverse le détroit de Gibraltar et rejoint la Méditerranée avec un mois de retard, mais peu importe. Les Lemaçon étaient ravis. " Aucun choix dans la vie n'apporte un bonheur parfait, dit Chloé, mais nous faisions ce que nous avions envie de faire. Et nous étions ensemble. "


La Méditerranée leur a aussi réservé sa part d'aventures. Il y eut d'autres tempêtes et d'autres problèmes de moteur. L'argent aussi était un problème. En août, la Méditerranée est faite pour les nantis. Impossible de séjourner  dans un port à prix abordable et de se payer les services d’un mécanicien local. Devant les 100 euros exigés, il a fallu mouiller au large de Formentera.

Il y a eu d’énormes orages lors desquels la foudre tombait autour du bateau, les effrayants cargos qu'il fallait éviter, le moment en mer où de la fumée du moteur se répandait dans la cabine, un périlleux exercice de plongée pour libérer une hélice. Mais là encore, il y avait d'autres moments, des moments de convivialité à bord avec les amis, avec des douaniers tunisiens dans un petit port au beau milieu de la nuit, Colin jouant avec des enfants du coin de la Galice à la Grèce, et puis il y a eu Gavdos.


Gavdos est une petite île- la plus méridionale d'Europe – toute en falaises, en criques et en collines, une école avec sept élèves et 40 habitants en hiver avec une minuscule et  unique superette et un peu de touristes souvent pris au piège pendant des jours voire des semaines par les vents du nord. C'était ce que Florent et Chloé recherchaient. Ils y ont passé une dizaine de jours, mangeant du poisson en compagnie des locaux, se reposant, lisant, se promenant en moto, fêtant le troisième anniversaire de Colin. Pas de cargo, pas de voiliers luxueux, pas de consumérisme. Le point culminant du voyage, selon Chloé Lemaçon.


Puis, finalement, Port-Saïd, le canal de Suez et Hurghada, port de la mer Rouge et citée touristique. Mais il est tard dans la saison pour des vents favorables, et le budget  est trop serré pour  attendre la fin de l'hiver. So a change in the plan. The Tanit stays in Egypt.Donc, un changement dans les plans s’impose. Tanit séjourne en Egypte.  Les Lemaçon retournent en Bretagne pour  gagner un peu d'argent pendant l'hiver, avec dans  la tête, le projet de revenir au printemps, cette fois avec le Kenya comme destination. En Egypte, ils avaient rencontré un autre marin français qui avait suivi plus ou moins la même route. Il avait été capturé peu de temps auparavant par des pirates au large de la Somalie, puis libéré par les forces spéciales françaises.

 

La piraterie a bien sûr une longue histoire. Mais si les pirates ne sont pas inconnus au large de la côte est-africaine depuis des siècles, le problème de la Somalie est relativement récent. Ce n'est pas difficile d'en expliquer les raisons. 18 ans de conflit, en partie un héritage de la guerre froide, ont détruit tout gouvernement local digne de ce nom. La Somalie est devenue un chaos de guerre des gangs, de vendettas tribales, de sécheresse, de famine, de maladie, et récemment, de milices islamistes radicales. Il n'existe pas de chiffres concernant la pauvreté en Somalie parce qu'il est impossible de les collecter.

Pendant un temps, les pêcheurs le long de la côte s'en sortaient mieux que la plupart de leurs concitoyens. Ils avaient, après tout, une ressource primordiale à leur porte : l’océan. Mais la pêche illégale menée par les Chinois, les Japonais et les navires de commerce européens a détruit la plus grande partie des réserves de poisson. Un rapport des Nations Unies de 2006 révèle que les eaux somaliennes sont devenues un lieu où chacun fait ce qu'il veut et où des flottes de pêche venues du monde entier pillent illégalement environ l'équivalent de 300 millions de dollars en thon de qualité, en requin, en homard, et en sardine chaque année.

 

Et puis il y a le déversement illégal d'ordures toxiques, en partie via  les réseaux mafieux italiens, un phénomène révélé de manière dramatique au lendemain du Tsunami de 2004 dans l'Océan Indien quand des containers de déchets toxiques se sont échoués sur les côtes somaliennes. Un rapport des Nations Unies datant de 2005 cite des maladies respiratoires et de peau dans des villages qui bordent la côte somalienne. La piraterie somalienne est née des efforts pour se défendre contre les navires de pêche illégaux qui coulaient ou faisaient feu sur les bateaux locaux. Tout d'abord, les pêcheurs du coin arraisonnaient les chalutiers illégaux, obtenaient rapidement une rançon des armateurs, puis ils se sont vite attaqués à de plus grosses cibles comme ils réalisaient qu'on pouvait se faire de l'argent. Entre des jours en mer pour une maigre prise de poissons trop petits et malformés, ou une expédition éclair et des milliers de dollars de rançon, le choix est vite fait. Et avec des sommes aussi substantielles en jeu, de puissants chefs de guerre et criminels sont entrés dans la danse. La piraterie est rapidement devenue une industrie criminelle. De nombreux pirates, après le capture d'un navire, appellent Londres, un centre mondial du business du fret, pour obtenir de possibles informations, ou bien peut-être des instructions.

L'année dernière, un des plus gros groupes de pirates, la Regional Central Coast Guard, a attaqué 39 navires et a recueilli 10 millions de dollars en rançon. Dans les dix premiers mois de 2009, il y a eu 160 tentatives de capture distinctes. Et malgré les plus de 30 bâtiments et avions de 16 nationalités qui patrouillent aujourd'hui dans les eaux somaliennes, les assauts s'intensifient mois après mois. Ce printemps a été particulièrement mauvais.

Les Lemaçon connaissaient les risques, mais ils ont estimé qu’avec de l’enthousiasme, du bon sens et en suivant  tous les conseils et les directives officielles, ils pourraient rester en sécurité. Et de toute façon, ils avaient un rêve.

" Il reste les pirates, qui comme les braconniers ou autres fraudeurs interviennent dans les régions où circulent les richesses; écrit Chloé sur son blog. Tant que nous serons sur ces routes nous prendrons le risque d'en croiser. La seule explication que l'on puisse vraiment vous donner sans partir dans des débats compliqués c'est que nous pensons que ce risque est minime comparé à d'autres risques du quotidien. "

Ils ont parlé de la possibilité que Chloé s'envole pour le Kenya avec Colin et rejoigne Florent là-bas, mais ont finalement rejeté cette idée. " On ne voulait pas être séparés pendant 2 mois. Florent a dit qu'il ne pourrait pas ne pas voir son fils pendant si longtemps, se souvient Chloé. Parfois je me dis que les choses auraient pu être différentes, puis je me dis que ça n'aurait rien changé, et que je n'aurais pas été là quand tout est arrivé, et cela aurait été pire que tout. "

 

Au début, tout allait bien. Tanit, avec les Lemaçon et deux vieux amis de Bretagne, voguait parmi les dauphins, des petits coups de vents, et des bonnes pêches après mille milles de navigation en Mer Rouge. Un nouvel incident technique causé par le vieux moteur signifie une escale à Djibouti, l'ancienne colonie et nouvelle base navale française, et de nouveaux problèmes financiers. Néanmoins, tout ceci était compensé par le fait d'être « en Afrique, avec ses couleurs, ses odeurs et sa joie de vivre ». En plus, cela laissait le temps de répondre aux questions envoyées par les petits écoliers de Charentes sur les animaux qu'ils avaient vus, ce qu'ils faisaient et pourquoi.  « Ce qui nous motive : l'inconnu, les rencontres à venir, l'imprévu » écrit Chloé Lemaçon à l'école. L'équipage de Tanit pêchait du barracuda et du thon. Ils se baignaient. Le petit Colin jouait sur le pont. Florent, excellent et enthousiaste cuisinier amateur, préparait sa spécialité: poisson cru en tranches épicé et mariné

 

Puis une traversée paisible vers Aden, le port yéménite, avant de poursuivre la route, tous feux éteints la nuit pour ne pas attirer une attention indésirable, le long de la côte vers Al-Mukalla, plus loin le long de la côte yéménite. En chemin, un hélicoptère de la Marine Française et une frégate en patrouille les ont contactés. Restez en-dehors des routes principales et donc loin des pirates, leur a-t-on dit. Bien qu'opposé à la violence, pacifiste, l'équipage de Tanit a apprécié ce " petit contact " avec l'armée française. Al-Mukalla s'avère être un dédale de ruelles étroites spectaculaires et de mosquées s'abritant derrière un front de mer développé sur une langue de terre entre les montagnes et l'océan. L'appel à la prière est intensifié par les falaises derrière la ville, écrit Chloé Lemaçon sur le blog. Il faudra attendre pour des photos du port, dit-elle à la famille et aux amis, d'arriver au Kenya, à trois semaines de mer de là.

 

A la lecture de la plupart des critiques faites aux Lemaçon, souvent acides, vicieuses et blessantes, on pourrait croire qu'ils ont navigué inconsciemment vers un grand péril. Pourtant, ce n'est pas le cas. Ils ont juste été extrêmement malchanceux. Prévenus par la Marine Française de ne pas faire route vers le Kenya, ils ont changé de destination, faisant cap vers les Seychelles à la place. On leur a indiqué de garder plus de 500 miles marins (926 km) à partir de la côte, Chloé Lemaçon dit qu'ils étaient, à 9 degrés 36 nord, 58 degrés 35 est, et ainsi à 512 milles nautiques (948 km) de distance de la Somalie où les pirates les ont trouvés, et non  640 kilomètres, tel que cela a été dit.. Comme on leur avait dit, le couple téléphonait tous les jours pour donner sa position aux parents de Florent, qui transmettaient les coordonnées à la Marine Française. En temps normal, les pirates ne se seraient pas trouvés aussi loin en mer, mais ceux qui ont croisé la route de Tanit avaient poursuivi un cargo loin vers le large la veille. Un voilier n'aurait pas non plus été d'un grand intérêt pour eux, mais les pirates, après leur chasse de la veille, avaient épuisé tout leur carburant, leur eau et leur nourriture, et n'avaient même pas assez d'essence pour revenir en Somalie. Ironiquement, Tanit leur sauvait la vie.

 

Comme toujours, quand ça se passe mal, cela a mal tourné très vite. En s'éloignant de Al-Mukalla, la mer avait été calme, avec une petite brise nocturne. Il y avait eu un autre incident de moteur, nécessitant des heures de bricolage. Il faisait chaud et les jours commençaient à s'étirer, et tout le monde avait hâte de finir cette portion du voyage. Mais " les étoiles étaient merveilleuses, c'était bien, c'était zen ", se souvient Chloé Lemaçon. Avec son mari, elle passait beaucoup de temps à parler de ce qu'ils feraient ensuite, travailler, peut-être naviguer encore un peu, puis s'installer quelque part.

Florent avait à peine raccroché le téléphone satellite après une conversation avec sa mère quand Chloé a lancé l'alarme. Mais les pirates étaient à bord avant que personne ne se rende compte de ce qui se passait. Quatre étaient jeunes, la vingtaine, vêtus de T-shirts déchirés et de shorts. Un cinquième, manifestement le chef, était plus âgé. La première chose qu'ils firent fut de mettre tout le monde sur la proue du bateau, de vérifier qu'il n'y avait aucune autre personne à bord, demandant qui était le capitaine et ordonnant de diriger le bateau vers la côte somalienne. Il n'y avait aucun moyen de résister ou de s'enfuir, et en 15 minutes Tanit se dirigeait vers l'ouest. Une heure plus tard, lorsqu'un avion de l’armée espagnole les a survolé, les pirates se sont mis à paniquer. Craignant que la vue de leur canot à moteur amarré à un voilier au beau milieu de l'océan puisse paraître louche, ils ont coupé l'amarre et détaché leur bateau.


Pendant les cinq jours suivants, rien de notable s'est produit. "  J'imagine que j'étais un peu comme dans une bulle. Je me concentrais sur Colin, se souvient Chloé Lemaçon. "Il y a eu des moments qui étaient très tendus. Lorsqu'il y avait un survol d’avion, les pirates  devenaient très agités. Mais il y avait des moments qui étaient plus détendus, aussi. Colin a même fait quelques dessins ».

A un moment, les pirates ont essayé les Crocs que les membres de l'équipage portaient tous, un héritage du temps où Chloé faisait les marchés. Florent s’irritait quand ils  ne prenaient pas soin de son bateau, ou qu’ils fumaient dans les voiles.   Chloé leur faisait à manger et était embêtée quand ils n'aimaient pas ce qu'elle cuisinait. " Le type plus âgé, le chef, ce n'était pas quelqu'un de bien, mais les plus jeunes, ils étaient juste manipulés ", dit-elle.


Le couple a essayé de parler avec ses ravisseurs, pour expliquer qui ils étaient, ce qu'ils faisaient, qu'ils n'étaient pas riches et, surtout, qu'une intervention militaire pour mettre fin à l'enlèvement serait mauvaise pour tout le monde.

" Nous n'arrivions à rien. Florent a toujours dit que ce qui l'effrayait le plus, c'est la bêtise dont les humains sont capables, dit Chloé, en même temps on essayait d'expliquer à Colin que ces gens étaient pauvres, et qu'il n'y avait rien dans leur pays. Colin était bouleversé à l'idée de perdre Tanit. C'est là qu'il a grandi. C'est sa maison. "


Quand l'un des rendez-vous téléphoniques quotidiens n'a pas eu lieu, les proches en France ont tenté de sonner l'alarme. C’était le dimanche, on leur a d'abord dit de ne pas s'inquiéter en dépit de l'attentat contre le cargo qui avait conduit les pirates vers Tanit . Après un deuxième jour de silence, l'alarme a été donnée. Le lundi soir, un avion français a survolé la zone et une frégate de la Marine française a quitté Djibouti avec une équipe de commandos à bord. Quand ils ont finalement atteint Tanit le mercredi soir, le voilier était à 48 heures des côtes somaliennes. Tout est devenu très tendu. Les pirates ont fait monter l'équipage sur le pont, des fusils pointés sur la tête.


"Ils étaient totalement paniqués. Lorsque la Marine est arrivée et les a entourés,  ils n'avaient aucune idée de quoi faire. Leur chef était au téléphone," se souvient Chloé. "J'ai pris un sac avec nous si nous devions débarquer."

Leurs sauveteurs, eux aussi, paraissaient incertains quant à la façon de procéder. Les troupes françaises ont tiré sur le mât et les voiles pour tenter d’ immobiliser le bateau, mais le courant continuait à le pousser vers la côte somalienne. Les négociations ont duré 24 heures entre les pirates et les autorités françaises sur leur Zodiacs à moteur débarqués de la frégate. Deux des pirates -les plus jeunes- voulaient se rendre - en allant même jusqu'à poser leurs armes - mais la nuit est tombée et le moment a passé. Les Lemaçon sont persuadés que les négociateurs les voyaient dans la cabine arrière inférieure du bateau Le lendemain, après de longues heures de négociations, le voilier était seulement à 30km de la Somalie.


Quelqu'un, quelque part, certainement le président Nicolas Sarkozy lui-même, a pris la décision d'envoyer un groupe d'assaut. Six mois plus tôt, les marins français que les Lemaçon avaient croisés en Egypte avaient été libérés avec succès. Seulement quelques jours avant que Tanit ne soit capturé, un capitaine américain avait été libéré après que des tireurs d'élite aient tué ses trois ravisseurs.

Ce qui arrivé ensuite fait quelque peu débat. Chloé Lemaçon ne veut pas en parler. Néanmoins il apparaît assez clairement qu'il y a un décalage entre la version officielle largement diffusée et la réalité. Tout d'abord, des coups de feu ont été tirés de la frégate par des tireurs d’élite, fauchant le chef et blessant deux pirates. Deux zodiacs avec les commandos sont alors apparus de derrière la frégate et ont abordé Tanit 30 secondes après. Un coup de feu a été tiré par un pirate qui, blessé, est redescendu, a pris son arme et a tenté d’atteindre un otage à l’avant. Il n'y a pas eu d'échange de coups de feu quand les troupes françaises sont montées à bord du voilier. Les autres pirates s'étaient cachés. Les Lemaçon étaient tous les trois seuls dans la cabine arrière, sans garde. Alors que les soldats se ruaient sur l’arrière du bateau pour prendre position, Florent en a aperçu un au-dessus à travers le hublot ouvert et s’est relevé instinctivement pour lui crier d'aller à l’avant où étaient ses deux amis. Un coup de feu a retenti et il s'est écroulé sur sa femme.

 

Chloé Lemaçon marche dans le sable mouillé le long de la plage d'Arradon, non loin de là où elle vivait avec Florent et Colin sur Tanit avant leur départ. Autour d'elle, les vacanciers d'août font des châteaux de sable, secouent leurs serviettes de bain, pique-niquent, déambulent, donnent une claque à des enfants boudeurs. Des adolescents draguent sans trop y croire. Des touristes commandent des langoustines à la terrasse d'un café. La mer est basse, découvrant les poches à huîtres. La vase sent le sel, l'ammoniaque. Chloé Lemaçon parle de son mari décédé, racontant comment elle et le mari de la sœur de Florent, dont il était très proche, ont dispersé ses cendres sur les eaux grises de l'Atlantique. Cela ne fait même pas six mois qu'il est mort. Elle parle, comme le font les gens qui ont perdu quelqu'un de si proche, avec précaution, doucement, du sens de l'humour de Florent, de son mélange de timidité et de confiance en soi, de sa passion pour la musique, de son aversion pour la violence.

 

"Il aimait la vie, il était capable de se lâcher pour faire la fête, mais être calme et tranquille, aussi. Il n'a jamais levé la main contre personne, et pouvait convaincre les gens qu'ils avaient tort. Il était toujours très calme et patient avec son fils, dit-elle.  "Colin lui ressemble déjà. Je lui parle beaucoup de son père. Je lui dis qu'il était un père en or."

 

 Elle parle de la façon dont elle a perdu son mari et sa maison. De la manière dont tout à changé si brutalement. Elle dit qu'en voyant des couples s'embrasser, elle n'y comprend rien. Qu'elle ne comprend pas que son mari soit mort, alors qu'il était si bon. Qu'ils étaient au commencement d'une formidable aventure. Elle dit à quel point elle a été anéantie.

 

Chloé Lemaçon ne sait pas ce qu'elle va faire maintenant. Son fils, et elle sourit, demande après Tanit. Il comprend qu'il ne verra plus jamais son père. Elle tempête contre le projet du gouvernement français de rendre ceux qui voyagent dans des endroits à risques légalement responsables du coût occasionné par leur libération. Elle n'est pas en colère contre les pirates.  "Les pirates ont pris notre liberté, mais ont respecté  Florent en tant que capitaine de Tanit. Les soldats et le gouvernement français, eux, ne nous ont jamais rien demandé,  à nous et nos familles,  à tous points de vue. Nous n’avons eu aucune influence sur les décisions", dit-elle. Elle aimerait monter une association humanitaire pour aider le peuple somalien, et attirer l'attention sur les problèmes de la Somalie.


"Nous dépensons des sommes énormes d'argent sur les opérations navales, mais personne ne traite des causes profondes. Ceux qui se risquent  en mer n’ont pas d'argent."


Elle regarde vers le large.

 

" Nous voulions juste montrer à Colin que tout est possible tant qu'on est heureux et amoureux ", dit-elle.

 

 

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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 21:04
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Je me suis fait discrète ces temps-ci car il est difficile de trouver un nouvel élan en cette période hivernale déjà si maussade d'habitude, mais je n'oublie ni Florent ni mon combat et je remercie tous ceux qui continuent à nous apporter leur soutien.

Meilleurs voeux
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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 14:59

Tanit : Les pirates refusent la rançon


L'Amiral Guillaud (et non le Général Georgelin) nous apprend ici que c'était la vie de Colin qui était à protéger à tout prix.
C'est intéressant, surtout si je vous raconte comment l'armée s'y est prise pour stopper Tanit, la veille de l'assaut.

Les frégates sont arrivées près de nous le mercredi, ce qui bien sûr a largement contribué à tendre l'ambiance à bord. Les écoutes des téléphones satellites ont commencé, du fait de la présence de l'armée des menaces contre notre vie y sont interceptées et cela permet dès lors aux militaires d'identifier les chefs.

Le jeudi dans l'après-midi une des frégate se rapproche à une centaine de mètres de Tanit qui avance dans la pétole à 3 Nds, poussée par un fort courant. Comme à chaque rapprochement, les pirates nous font tous monter sur le pont. Un drap est tendu le long de la coque de la frégate, on peut y lire "STOP". Puis nous pouvons entendre que nous devons arrêter le bateau, que la France n'acceptera pas cette situation et qu'ils utiliseront la force, s'il le faut, pour arrêter Tanit.
Je pense d'ailleurs, même si je ne fais pas partie de l'élite militaire française, qu'un bateau pesant 15 tonnes, poussé par un courant d'environ 8 Nds et ce dans la pétole n'ira pas plus vite sans ses voiles.
Quand les pirates comprennent la détermination des forces en présence, ils me font immédiatement descendre dans le carré avec Colin et sous la surveillance rapprochée d'un des deux chef.
Ainsi, quand les tirs commencent à résonner, c'est le chaos total à bord, plus d'une dizaine de tirs résonnent dans le mât..
Dehors, Florent pousse un tel cri  que je crois qu'il est blessé (en fait un des pirate a laissé partir un coup, heureusement sans conséquences). Je suis face à face avec ce pirate et sa kalachnikov, mon fils dans les bras et je lui répète sans fin: "please". Il est affolé, me vise en ayant retiré la sécurité de son arme, cela dure quelques minutes...

Toutes les voiles de Tanit sont donc affalées, la nuit tombe, les pirates sont fortement agités. Ils ne cessent de téléphoner ou de discuter en somali à la VHF avec le médiateur. Certains se rendent, posent les armes, un autre veut se suicider... jusqu'à ce que le chef rallume son GPS et constate que Tanit file à 2,5 Nds vers la Somalie, portée par le courant.

Fin des communications, nouvelle nuit d'angoisse...





Télézapping : Pirates, l'enfer du Golfe d'Aden


Ici Monsieur Morin nous explique que toute la vérité sera dite sur les circonstances de l'assaut et sur le décès de Florent.
Je ne vais pas reprendre toute l'histoire maintenant, trop peu de vérités ont été dites, en revanche je vous conseille de lire l'excellent article de Jason Burke qui est un premier pas vers cette vérité.
Il n' y a qu'un pirate de tué par les tireurs d'élite, deux autres sont bléssés. Celui qui saute à l'eau le fait contraint et forcé au moment où les commandos montent à bord. Il n'y a pas d'échanges de tirs à cet instant. Florent n'est pas dans le carré mais bien dans la cabine arrière avec nous, cette même place que nous n'avons pas quittée durant toutes les négociations. La balle qui a tué Florent n'est pas une balle de kalachnikov, et elle n'était pas perdue.

L'information est contrôlée par le gouvernement, il a le pouvoir de choisir ce qui sera médiatique ou pas.
Si vous cherchez des informations, en temps réel, sur les otages retenus en Somalie, comme les humanitaires d'Action contre la Faim, ou l'agent de la DGSE, vous ne trouverez rien.
Et si vous cherchez à savoir pourquoi vous ne trouvez rien vous comprendrez que l'information en question a été stoppée volontairement pour protéger ces otages.





Extrait d'une interview de l'Amiral Marin Gillier donnée au Télégramme le 5 mai 2009

Un otage français a été mortellement blessé. Considérez-vous cette mission comme un échec? Pouvez-vous donner quelques précisions sur le déroulement de l'opération?
Je ne vous dirai pas les consignes qui ont été données aux forces spéciales pendant l'intervention, pour que, la prochaine fois, celui qui mènera la mission puisse conserver sa pleine capacité d'action. Il ne faut pas que l'adversaire en sache trop sur nos méthodes. En revanche, pour nous, la mort d'un otage et aussi celle d'un preneur d'otages ont été vécues comme un drame qui fait profondément souffrir toute l'équipe. Nous avions des priorités: sauver la vie des otages; ramener nos équipages en vie et capturer les pirates vivants. C'est dans notre culture, et c'est d'ailleurs une particularité française, de respecter les vies humaines sans porter de jugement sur la personne, jusqu'à prendre des risques pour la vie de nos hommes.


The Observer - 4 octobre 2009 - Jason Burke


Je mettrai très prochainement en ligne une traduction de cet article.
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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 15:22
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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 13:06
D'abord un petit rappel des faits, pour vous lecteurs.

Le ministre des affaires étrangères et européennes, Monsieur Bernard Kouchner, a présenté, au conseil des Ministres du 22 juillet, un projet de loi relatif à l’action extérieure de l’Etat.


"Il permet, entre autres, de responsabiliser les ressortissants français qui se rendent sans motif légitime dans des zones dangereuses alors qu’ils ont reçu des mises en garde sur les risques encourus. L’Etat pourra leur demander le remboursement de tout ou partie des frais induits par les opérations de secours. Cette faculté sera également ouverte à l’encontre des opérateurs de transport, compagnies d’assurance et voyagistes, qui auront failli à leurs obligations."

 

 

Monsieur Kouchner,

 

 

Il est dommage de présenter un texte comme celui-ci à un moment où les français ne portent que peu d’attention à l’actualité.

 

C’est pourquoi je me permets de relever les quelques interrogations que soulève ce projet car il serait intéressant de savoir comment vous comptez les résoudre.

 

Tout d’abord, comment allez-vous définir les « zones dangereuses » ?

 

Par exemple, si nous étudions deux cas récents d’opération de secours comme la libération d’Ingrid Betancourt et celle des otages de Tanit, nous voyons tout de suite les limites de votre texte.

 

Íngrid Betancourt prend la route de Florencia qui mène à San Vicente del Caguán, malgré les avertissements du gouvernement lui signalant la présence de guérilleros procédant à des barrages en certains endroits de la route. Alors qu'une dernière barrière militaire empêche le convoi de continuer et que les militaires annoncent la présence des guérilleros quelques kilomètres plus loin, la candidate donne l’ordre à son conducteur de poursuivre sa route après avoir signé un document dans lequel elle se rend responsable de cette décision. Íngrid Betancourt et Clara Rojas passent plusieurs barrages des FARC jusqu'à ce qu'elles soient arrêtées à Paujil.

 

La Tanit et son équipage sont prévenus de la dangerosité du Golfe d’Aden et des côtes somaliennes. Alindien leur demande d’abandonner l’escale au Kenya et de rester à 500 milles des côtes. Faisant route plein sud, sur les Seychelles, l’équipage est pris en otage à 500 milles (environ 940 Kms) des côtes. L’Océan Indien est-il répertorié comme « zone dangereuse » ?

 

Ensuite, comment définirez-vous la légitimité d’un voyage ? Est-ce la mort annoncée des aventuriers, de ceux qui veulent découvrir et aider des peuples en difficulté ?

 

Gérard d'Aboville prépare un tour du monde à la barre du PlanetSolar. Il descendra en Méditerranée d'où il prendra le départ à destination de New York, via Gibraltar. Puis, il franchira le canal de Panama pour une grande traversée du Pacifique, s'attaquera dans la foulée à l'Océan Indien et rentrera au bercail dans la grande bleue, via le canal de Suez.

 

Bien sûr M. d’Aboville n’aura pas à régler les frais d’un éventuel secours puisqu’il sera accompagné par l’Armée lorsque sa « balade » lui fera traverser la « zone dangereuse ». Peut-être serait-il plus correct que M. d’Aboville règle lui-même les frais de cette surveillance. Du moins, l’avis des contribuables pourrait être intéressant.

 

Est-ce que les conseils aux voyageurs donnés sur le site du gouvernement seront une base pour définir le degré d’irresponsabilité de tel ou tel citoyen ?

 

Peut-être devriez-vous, M. Kouchner, donner plus d’envergure à votre projet en vous associant aux Ministres de la Santé, des Transports…

 

Car, chers concitoyens, vous avez été prévenus que la Grippe A sévissait fortement au Mexique, en Argentine, en Angleterre… Il est donc évident que la Sécurité Sociale ne pourra pas rembourser vos soins si, malgré les avertissements, vous vous êtes rendu dans un de ces pays et avez contracté le virus H1N1.

 

Pour Michèle Merli, déléguée interministérielle en charge de la sécurité routière, la hausse du nombre des tués sur la route s'explique "probablement par l'augmentation de la vitesse" et par un problème de comportement des conducteurs qui se sont montrés moins vigilants et moins respectueux des règles édictées.

 

En effet, la sécurité routière estime que "l'année 2009 se situera entre 4 450 et 4 550 tués". Il s'agit d'un chiffre en hausse par rapport aux 4 275 victimes de 2008.

 

34% des accidents de la route ayant entraîné la mort sont dû à l’alcool. Et pourtant, tous les conducteurs ont été maintes fois avertis du danger de l’alcool au volant.

 

1,2 million d'euros, c'est le coût en 2007 d'un tué sur la route, selon l'ONISR. Pour obtenir cette estimation sont pris en compte les coûts médicaux et sociaux (premiers secours, convalescence, etc), les coûts matériels (dommages des véhicules, etc.), les frais généraux (frais d'expertise, de justice, etc.) mais aussi la perte de production future des tués, et la perte de production potentielle de la descendance potentielle des accidentés sont pris en compte, tout comme les préjudices moraux.

 

Il serait donc inadmissible, si l’on suit votre logique, que la France paye pour tous ces irresponsables, qui malgré les mises en garde, ont pris le volant sous l’emprise de l’alcool ou de médicaments.

 

D’ailleurs, il faut penser aussi à ceux qui fument, ceux qui conduisent vite, ceux qui vont continuer à utiliser les cabines UV, ceux qui « se baladent » à la marée montante dans la Baie du Mont St Michel, ceux qui sortent de chez eux malgré les alertes rouges ou oranges de Météo France, ceux qui prendront des avions figurant sur la liste noire…

 

Les français sont irresponsables M. Kouchner, mais ne soyez pas sectaire.

 

Enfin, et c’est sûrement le point le plus important à éclaircir pour que votre loi voit le jour, il faudra donner le choix aux français d’être secourus ou non.

 

Car si nous reprenons l’exemple de Tanit, à aucun moment il n’a été demandé à l’équipage ou à leurs familles s’ils souhaitaient l’intervention des forces spéciales et ceci bien qu’aucun Mayday (signal de détresse) n’ait été envoyé.


Je vous prie de croire, Monsieur Kouchner, en l'assurance de ma très haute considération.

 

Chloé Lemaçon

 

Kouchner ou l'ambiguïté à la française - Courrier International - 01/08/2009

 

 

En ce qui concerne la grande croisière, vous verrez que les conseils donnés par Monsieur d'Aboville ou par un magazine comme Loisirs Nautiques (N°450) sont bien utopiques lorsque l'on étudie la carte de la piraterie maritime publiée par le gouvernement dans la rubrique "Conseils aux voyageurs":

 

 

 

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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 16:38
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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 18:16



Ici, sans Flo, la vie n'aura plus jamais le même goût ni la même couleur.

Je voudrais lui rendre hommage, vous raconter qui il était vraiment, mais les mots ne veulent pas sortir... peut-être est-il encore trop tôt...

Je remercie, sincèrement, tous ceux qui nous ont apporté leur soutien.

L'éternité pour Flo est au fond de nos coeurs et de nos esprits, merci mille fois d'avoir pensé, de penser, à lui, à nous.
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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 22:30
Monsieur Didier François, journaliste sur Europe 1, s'est autorisé ce matin à divulguer des informations erronées sur une enquête qui n'est pas terminée, ce qui je le rappelle est interdit par la loi.

J'ai voulu faire un commentaire sur leur site, non en tant qu'anonyme, mais bien au nom de Chloé Lemaçon, voici ce qui m'a été répondu:

Bonjour Chloé Lemaçon,

Bonjour,

Vous avez participé à l’espace communautaire d’europe1.fr et nous vous en remercions.
Comme vous le savez, cet espace est modéré toute contribution doit être conforme à la charte europe1.fr.
Votre message a été rejeté par l’équipe des modérateurs et a été supprimé.

En effet, nous refusons de publier des propos résolument agressifs dirigés à l’encontre d’une personne, d’une marque ou d’un organisme. L’agressivité est proscrite dans la ligne éditoriale des communautés europe1.fr.

Vous pouvez consulter l’intégralité de la charte ici: http://forum.europe1.fr/htm2/CharteForum.aspx

Merci de votre contribution et de votre fidélité,
A très bientôt sur europe1.fr !

L’équipe europe1.fr

L'équipe de modération Europe1.fr

Je me permets donc de faire un droit de réponse ici, sur mon propre blog, et je préviens à l'avance tous les journalistes que le contenu de ce blog m'appartient et qu'il est interdit de le reproduire, même en partie. Ceci est bien sûr valable pour la presse dans son ensemble qui ne s'est pas gênée pour piller nos photos et nos vidéos, pour faire  de l'audience.

Voici donc le commentaire qui a été refusé:

Monsieur François,

Cher journaliste...
Je suis surprise de lire que, bien qu'informé par le compte rendu de l'assaut, vous puissiez faire autant d'erreurs dans un si petit texte.
Vous vous êtes certainement levé ce matin, satisfait de vous-même à l'idée d'informer la France entière sur la mort de mon mari.
"Les faits se sont déroulés de la manière suivante...". Comme malheureusement la plupart de vos confrères, vous êtes prêt à reprendre n'importe quelle information soit disant dans le but d'informer justement.
Seulement, ce matin, vous auriez mieux fait de tourner sept fois la langue dans votre bouche avant d'écrire votre texte, car dorénavant je peux affirmer:
"Monsieur François fait de l'information émotionnelle au détriment de l'information pure, celle qui informe de la vérité.
Voilà, aujourd'hui lundi 4 mai 2009, Didier François a perdu toute crédibilité et toute humanité!"
Mon mari est mort le 10 avril 2009 pendant l'assaut permettant notre libération. Une enquête doit déterminer les circonstances de sa mort. J'étais à ses côtés, je connais donc une part de cette vérité. Si vous aviez eu le compte rendu militaire, vous sauriez qu'il n'y avait pas deux pirates à bord au moment de l'arrivée des commandos. Si vous aviez lu le compte rendu de l'autopsie vous sauriez que Florent n'a pas été touché près du nez. Si vous aviez lu notre blog, vous sauriez que ce n'est pas le "Tanit" mais la "Tanit. Si vous aviez eu mon témoignage donné aux enquêteurs vous sauriez que Flo a levé les bras pour d'autres raisons que de me protéger.
Vous n'avez donc lu aucun de ces documents, vous vous êtes contenté de répéter ce "qu'on dit", et malheureusement pour vos qualités de journalistes, tout est faux. Vos sources n'étaient sûrement pas si bonnes que vous le pensiez. Mais bravo, aujourd'hui vous avez été le premier à faire un article inutile!


Et bientôt, un droit de réponse spécial pour tous les téléspectateurs de TF1 et les auditeurs d'Europe 1 qui n'ont rien d'autre à foutre que de laisser des commentaires idiots et mal rédigés.


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